Cet article a précédemment été publié sur mon ancien site, je le remets ici pour ceux qui ne l’auraient pas lu.


Aah, l’été. Pour moi, les vacances sont souvent l’occasion de lire, lire et lire encore, notamment parce que j’en profite en général pour m’éloigner un peu de mon ordinateur et faire le plein de souvenirs et d’idées. Résultat, le soir, j’ai un peu plus de temps, même si la contrepartie c’est que ma valise est alourdie par toutes mes lectures à venir. Donc j’ai descendu un bon gros paquet de livres, dans tous les genres, même les plus improbables. Comme j’ai dépassé les quatre livres par mois, j’ai décidé de couper cet article en deux parties, histoire de ne pas trop en faire d’un coup. Vous êtes donc en train de lire la première.

Couverture de "Community" de Luna Joice, aux éditions Hugo Publishing

Luna Joice, Community

Une invention révolutionnaire, « Community », qui permet de communiquer par télépathie, a permis de pacifier la Terre. Les gens travaillent pour la communauté, répartis en quatre corps de métiers grâce à l’Assignation, qui répartit les jeunes gens selon leurs aspirations profondes. Mais Lyah se pose des questions sur ce monde apparemment idyllique.

Commençons par les points forts de ce livre : d’abord ce prologue qui brille par son originalité en nous faisant découvrir toute la chronologie de l’invention, ses failles, les doutes et finalement l’acceptation qui ont conduit à sa mise en place partout sur Terre.

On s’identifie facilement à cette héroïne curieuse, bien que les personnages soient en général plutôt lisses, et l’écriture est fluide, facile à lire, agréable à suivre. L’organisation du monde, même si elle peut manquer un peu d’originalité (tiens donc, une répartition en plusieurs castes, est-ce que je n’aurais pas déjà lu ça dans plein d’autres livres ?), est travaillée, ce qui rend son univers parfaitement crédible.

Les principaux défauts de cet ouvrage résident, selon moi, dans les facilités d’écriture qui ont été prises : beaucoup de personnages manquent de profondeur, les moments d’émotion sont pris à la légère et surtout des raccourcis pris pour mener à la conclusion m’ont fait hurler de frustration. A titre d’exemple (ceci peut passer pour un spoiler, attention) : « j’ai besoin de trouver un mot de passe. Qu’est-ce que je sais sur ce chercheur ? Il est obsédé par moi, il a donc dû prendre ma date d’anniversaire »… NON ! C’est un scientifique qui a des responsabilités, c’est un dispositif qui a des conséquences sur la planète entière, PERSONNE ne prend une bête date d’anniversaire pour contrôler ça, c’est stupide et tu n’aurais jamais dû pouvoir ouvrir cette porte !

Enfin, la fin est donc un peu facile et sent un peu le « j’avais besoin de finir parce que c’était un peu long, donc je vais mettre tous les clichés que j’avais soigneusement évités pour que la conclusion soit rapide et sans douleur. »

Ca reste néanmoins une lecture très agréable, parfaite pour un début d’été.

Couverture de "L'essence de l'art" de Iain M. Banks, aux éditions Le bélial'

Iain M. Banks, L’Essence de l’art

Recueil de 8 nouvelles écrites par Iain M. Banks, L’Essence de l’art est une œuvre de science-fiction qui fait partie de son cycle de la Culture – une grande société galactique pacifiste et très avancée.

J’ai deux problèmes pour décrire cet ouvrage : d’abord, il s’agit d’une œuvre qui s’inscrit dans un cycle beaucoup plus large, que je n’ai pas lu puisque c’est la première fois que je lis cet auteur. Ensuite, c’est un cycle de nouvelles et cela fait déjà un moment que je l’ai lu, ce qui ne simplifie pas les choses.

Iain M. Banks a un style d’écriture exigeant, qui a tendance à naviguer, de nouvelle à nouvelle, entre une fluidité limpide et un style « expérience académique » beaucoup plus hermétique à mon sens. Sans grande surprise, les nouvelles qui m’ont le plus marquée sont celles issues du premier style. Il y a d’excellentes idées, telles qu’un vaisseau intelligent, qui a sa propre personnalité… l’idée ne déborde pas d’originalité et pourtant sa mise en œuvre est la plus intelligente que j’aie eu l’occasion de lire, pour la première fois c’est un personnage à part entière que j’ai découvert, et pas juste un vaisseau qui parle, ou bien la nouvelle « Curieuse jointure », très courte, mais qui m’a tiré des larmes de rire, ou enfin cette nouvelle bouleversante et très perturbante, où un humain écrasé sur une planète hostile tente de retrouver la civilisation, aidé par son scaphandre intelligent.

Couverture de "L'île des oubliés" de Victoria Hislop, aux éditions Livre de poche

Victoria Hislop, L’île des oubliés

Alexis part en Crête à la recherche du passé de sa famille. Grâce au récit d’une amie de sa mère, elle découvre une histoire intrinsèquement liée à celle de Spinalonga, l’île aux lépreux. On ne va pas se mentir, c’est un roman de gare, et la seule raison pour laquelle je l’ai lu, c’est parce que je devais partir en Crête pendant mes vacances et qu’on m’a conseillé sa lecture pour découvrir l’histoire de Spinalonga. Je n’ai pas l’habitude de ce genre d’ouvrages, mais fort heureusement, l’écriture est si simple et sans surprise que ça se lit tout seul (j’ai mis moins de deux jours à le finir).

Bon. Les personnages sont plats, toujours très clichés, et soit gentils, soit méchants, point. Le prétexte à toute cette histoire est un problème de coeur, et à peu près toute l’intrigue tourne autour de ce genre de problèmes, quelle que soit la génération à laquelle on s’intéresse, ce qui limite un peu le champ des possibles. Ce n’est clairement pas le genre de roman dont je me souviendrais jusqu’à la fin de mes jours, et, pour moi, son seul intérêt réside dans les faits historiques et la description de la vie à Spinalonga, et plus largement de la Crête, notamment pendant la deuxième guerre mondiale (les faits sont réels, même s’ils restent très en surface).

C’était néanmoins amusant de me rendre à Spinalonga pour visiter après la lecture de ce roman et d’essayer de retracer les faits par rapport à ce que je voyais sur place (d’autant qu’on était trois à avoir fait la démarche et à pouvoir comparer et argumenter sur telle ou telle scène) mais l’intérêt réside donc moins dans le roman que dans la reconstitution faite par la suite.

En bref, si vous n’avez pas prévu une visite prochainement sur l’île aux lépreux, je ne vous conseillerais pas forcément ce livre, autrement, lisez-le comme un recueil d’indices pour une chasse aux trésors.

Couverture de "Les harmoniques célestes" de Jean-Claude Dunyach, aux éditions L'atalante

Jean-Claude Dunyach, Les harmoniques célestes

Quelle claque de lire Les Harmoniques célestes juste après le livre de Hislop… On pourrait difficilement prendre deux ouvrages plus opposés. Les Harmoniques Célestes est un recueil de nouvelles de science-fiction dont le thème principal tourne principalement autour de la mort, écrites dans un style exigeant, avec des thèmes sombres et des personnages profonds… Tout le contraire de Hislop, je vous le dis !

Le plus violent reste sans doute cette nouvelle dont le protagoniste attend la mort, seul, après avoir réalisé l’invention la plus importante de tous les temps, un sérum d’empathie. Une belle réflexion sur l’union et la solitude. D’autres forcent la réflexion et l’admiration : La Fin des cerisiers, qui raconte l’emprise grandissante des Etats-Unis et d’Hollywood sur d’autres cultures, au risque de les faire disparaître ; Aime ton ennemi, une réflexion sur la science et ses dérives au nom du plus grand bien, ou encore la nouvelle Repli sur soie, où la poésie des mots et les origamis se rencontrent pour faire émerger la vérité.

Beaucoup des critiques que j’ai pu lire ont loué les qualités de la nouvelle-titre, la plus longue, qui mêle la culpabilité de l’inventeur d’une machine à expériences de mort imminente à la haine d’une jeune femme privée d’un droit essentiel des êtres humains envers son père adoptif. Pour ma part, j’ai eu du mal à y accrocher, peut-être justement parce que je sortais d’une lecture facile et que j’ai mis un moment à m’habituer au style de l’auteur – à la réflexion il faudrait peut-être que je tente de la relire en mettant de côté aussi le malaise que m’inspirent les relations entre les trois personnages, qui m’apparaissent toutes profondément malsaines.

A venir dans la seconde partie… Trois romans : un classique de la SF, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques (ou Blade Runner), de Philip K. Dick, de la Fantasy historique avec Royaume de vents et de colère de Jean-Laurent del Socorro et un policier : Sous les vents de Neptune, de Fred Vargas.

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