Cette semaine, j’introduis une nouvelle catégorie d’articles : la catégorie analyse/décryptage, dans laquelle je parlerai de certaines spécificités des littératures de l’imaginaire, de l’imaginaire en général ou de la littérature, pour l’analyser avec vous, proposer mon point de vue sur certaines thématiques ou encore aborder l’actualité. J’espère que ce nouveau type d’articles vous plaira, si c’est le cas n’hésitez pas à le dire en commentaires ou à me proposer des thématiques que vous voudriez me voir aborder, soit dans les commentaires, soit dans le formulaire de contact.

Alors la "SFFF", c'est quoi ?

Ce sigle d’apparence barbare, qui ressemble un peu au bruit que ferait un ballon qui se dégonfle, c’est celui qui rassemble les trois littératures de l’imaginaire : SFFF pour Science-Fiction, Fantasy, Fantastique. De là, plusieurs questions tout à fait légitimes peuvent se poser pour les profanes ou ceux qui commencent tout juste à s’initier à ces genres : pourquoi estime-t-on nécessaire de distinguer ces trois types de littératures en particulier de toutes les autres ? Et pourquoi vouloir rassembler ces trois-là ? Est-ce qu’on est en face d’un caprice d’éditeur ou d’universitaire ? Est-ce un moyen de dévaloriser ou au contraire de mettre en avant ces littératures ? Que peut bien avoir en commun un extraterrestre avec un fantôme ou bien avec un magicien ? (plus qu’on ne le croit). 

Il faudrait probablement toute une thèse pour répondre en profondeur à ces questions complexes, mais je vais quand même essayer de défricher le terrain du mieux que je le peux. Si vous voulez aller plus loin, je vous conseille d’aller vous renseigner sur certains articles d’Anne Besson, spécialiste de ces questions de l’imaginaire et de bien d’autres, c’est une universitaire mais nombre de ses articles sont très bien écrits et accessibles aux profanes, sans compter qu’elle participe régulièrement à différents colloques sur ces thématiques. Plusieurs sont accessibles directement en ligne.

Image d'illustration de l'article "Qu'est-ce que la SFFF ?"

Ce qui rassemble les littératures de l'imaginaire

Comme j’aime la facilité – relative – je vais commencer par essayer de répondre à la question la plus simple : qu’est-ce que la science-fiction, la fantasy et le fantastique ont en commun et qui les distinguerait des autres ? En anglais, on peut parler de « speculative fiction » ou de « fantastic literature » (qui inclue aussi la catégorie de l’horreur), ce qui nous éclaire un peu, peut-être : ces trois littératures sont des genres du « et si ? » : et si tel ou tel élément était vrai, admis, si telle chose se produisait, si telle chose ne s’était pas produite, alors qu’en découlerait-il ? Plus simplement peut-être, elle partent du postulat qu’il se produit quelque chose qui, du point de vue du lecteur contemporain, est incroyable, extraordinaire, quelque chose qui le sort du réel ou du réalisme. Dans le cas de la science-fiction, l’apparition de cet élément sera justifié par la science – par une science plus avancée, différente de celle dont le lecteur dispose ; dans le cas de la Fantasy, cet élément sera considéré comme tout à fait normal par les personnages (et expliqué parfois par la magie) et, dans le cas du fantastique, cet élément ne sera pas expliqué, ni pour le lecteur, ni pour le personnage, et il planera toujours un doute sur la réalité, l’origine de cet élément. 

Partant de là, on explique une bonne quantité des films et livres appartenant à ces genres de l’imaginaire, mais hélas pas tous ! Qu’en est-il, par exemple, de l’uchronie, du steampunk ? C’est là où je préfère ma définition d’une littérature du « et si », car cette définition permet d’éclairer aussi ces genres qui s’inscrivent clairement dans l’imaginaire mais que la description de l’élément qui serait expliqué d’une façon ou d’une autre selon tel ou tel genre explique assez mal ou ne recouvre pas entièrement.

Ainsi on comprend déjà mieux ce qu’il existe de commun entre notre extraterrestre, notre éventuel fantôme et notre magicien. 

Mais pourquoi diable vouloir mettre à part la science-fiction, le fantasy et le fantastique ?

A priori, cette séparation entre littératures de l’imaginaire et littérature générale (on dit aussi littérature blanche) s’est d’abord faite en raison des origines de ces littératures. Le fantasy dérive du merveilleux, des contes de fées, et a avant tout émergé en tant que littérature pour enfants. Idem en ce qui concerne la science-fiction, d’abord destinée à un public plutôt adolescent et lecteurs de comics. Ce n’est que plus tard que les adultes ont commencé à s’emparer de ces lectures, ce qui explique aussi que les rayons des bibliothèques aient tendance à ne les proposer que du côté jeunesse (je vous ai promis un article spécifique à ce sujet, il arrivera bientôt !) 

Par ailleurs, je ne suis pas une spécialiste de l’édition, mais il semblerait que s’il y a bien, d’une part, une volonté de discréditer ces littératures considérées comme plus populaires que les autres ou davantage axées sur la jeunesse, les éditeurs et les lecteurs de ce type de littérature tirent aussi une certaine fierté à se rassembler envers et contre tous (et particulièrement contre la littérature générale qui est parfois dévalorisée comme un retour de bâton un peu injuste, mais en partie mérité). Cela permet de réunir les trois genres dans des maisons d’éditions mais aussi des conventions, rassemblements, c’est aussi, d’un certain côté, un signal de reconnaissance qui permet une union. Les littératures de l’imaginaire sont des littératures considérées comme moins nobles, rarement voire jamais étudiées dans les universités, même si la science-fiction a fini par se frayer un chemin chez les universitaires anglophones, à cause de tout ce passé « enfantin » et je vais m’arrêter là sinon je vais commencer mon article sur la jeunesse et les littératures de l’imaginaire plus tôt que prévu.

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