Ce mois-ci, je reviens avec mes articles d’analyse des conseils et autobiographies des grands écrivains – dont vous pouvez retrouver ici le premier épisode sur Stephen King – en m’attaquant cette fois-ci à un auteur que j’admire beaucoup même si je l’ai peu lu : Haruki Murakami, et à son roman Autoportrait d’un auteur en coureur de fond.

Je considère avoir beaucoup à apprendre des auteurs qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, que leurs romans fassent ou non partie de la SFFF, et Murakami, par certains aspects de ses œuvres, flirte parfois avec ces genres de toute façon, mais surtout il permet d’avoir un point de vue différent de celui de King que j’avais déjà abordé avec cet autoportrait qui flirte plus avec l’autobiographie qu’avec les conseils d’écriture, même si, on le verra, il y a énormément à en tirer.

Que s’attendre à trouver dans cette œuvre ?

Couverture de "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" par Haruki Murakami, aux éditions 10-18

Est-ce que l’Autoportrait de l’auteur en coureur de fond est l’autobiographie d’un écrivain ou d’un coureur ? Ne riez pas, la question se pose vraiment, d’où le titre d’ailleurs. Ces deux activités sont tellement liées dans la vie de Murakami que l’œuvre est rythmée par les différentes courses dont il parle, rappel de courses passées ou courses à venir… il s’agit presque d’un journal, par ces aspects-là.

Mais il parle bel et bien de son travail d’écriture dans une comparaison en aller-retour perpétuel avec ses courses et, si je dois en souligner les différences avec Ecriture de Stephen King – si dans ce dernier on avait une série de conseils pratiques à appliquer presque tels quels – l’Autoportrait sera plus subtil à ce niveau-là, nous faisant deviner plutôt que de nous apporter des réponses, et on peut sans doute le voir comme un livre de motivation. Et même le lire comme une œuvre littéraire en soi.

Photo du livre "Autoportrait de l'auteur en coureur de fond" de Haruki Murakami

Ce que j’ai envie d’en retirer pour ma propre pratique

Comme pour le premier article d’analyse, j’ai sélectionné trois idées que j’ai envie de garder en tête pour ma propre pratique d’écriture, seulement trois parmi un grand nombre, et que je vous partage ici en développant ce que ça m’évoque. Bizarrement, je n’en ai pas retiré l’idée de me mettre à faire des marathons ou du triathlon – ça viendra peut-être à la seconde lecture…

Faire de l’écriture un mode de vie

La première idée que je retiens en est une que Murakami mentionne à propos de la course, mais qui pour moi s’applique pleinement à l’écriture :

« J’ai seulement « un petit nombre de raisons » pour m’obstiner à courir, et un plein wagon pour abandonner. Tout ce que je peux faire est de polir précieusement ce « petit nombre de raisons » »

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, p.94

Pour lui, qui vit de l’écriture au moment où il écrit cette phrase alors que la course est une activité secondaire, l’idée ne va qu’en direction de la course, mais on peut l’extrapoler à l’écriture sans problème lorsqu’on n’en vit pas (encore). L’idée est d’en faire un mode de vie, une habitude tellement ancrée qu’elle se rappelle à nous chaque jour, qu’elle nous accompagne quelles que soient nos obligations et nos raisons – sûrement toutes excellentes – pour reporter l’écriture à demain. En étant honnêtes avec nous mêmes, il est très facile de trouver ce « plein wagon » de raisons pour abandonner : la difficulté de sortir du lot, la surcharge du marché de l’édition, le travail qui nous prend tout notre temps, la vie sociale ou familiale… Alors que les quelques raisons qui nous poussent à continuer se comptent souvent sur un seul doigt : la passion. Et parfois l’espoir.

C’est pour cela que je fais partie de ceux qui pensent qu’il faut écrire tous les jours, pour se rappeler chaque jour pourquoi on le fait et ne pas laisser ces quelques raisons tomber dans l’oubli et le quotidien avec ses obligations prosaïques. En faisant de l’écriture un mode de vie, comme lui cherche à le faire avec la course, on rend les choses plus faciles, plus logiques, et on polit nos quelques raisons de continuer.

Se juger sur des critères intérieurs

L’écriture, l’art en général, n’est pas un sport compétitif. Ça peut paraitre étrange de le rappeler, mais on se compare souvent aux autres, que ce soit conscient ou inconscient, et souvent – c’est mon cas, je le confesse – en se dévalorisant. Murakami nous rappelle de nous juger sur nos propres critères, lui qui pratique le marathon et le triathlon alors même que l’esprit de compétition lui est apparemment étranger :

« L’essentiel est de savoir si vos écrits ont atteint le niveau que vous vous êtes assigné […] Aux autres, vous pouvez toujours fournir une explication appropriée. A vous-même, impossible de mentir. »

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, p.20

C’est une idée que j’ai besoin de garder pour les moments difficiles, parce qu’il y en a toujours. Plutôt que de comparer le niveau de nos écrits à ceux des autres, ou encore de nous comparer à telle personne qui elle a trouvé un éditeur, mesurer notre progression par rapport à nos propres attentes, par rapport à hier, au mois dernier, à l’année dernière. Cela rejoint presque l’idée de King d’accrocher les refus bien en vue de façon à mesurer sa progression. Un refus de plus, c’est un essai de plus et donc un pas de plus vers la réussite. C’est pareil pour les textes : s’il s’en dégage l’émotion qu’on voulait en faire sortir, si à la dernière relecture on arrive à en tirer satisfaction, à sentir qu’on a progressé depuis les textes précédents, alors on peut s’en satisfaire en dehors de toute considération extérieure.

Utiliser le négatif pour s’améliorer sans cesse

C’est une idée que j’ai hésité à mettre parce qu’elle rejoint en partie la précédente, mais elle me paraît si fondamentale, dans l’écriture aussi bien que dans la vie, que j’ai fini par me décider à en faire la troisième de cette analyse :

« Si j’ai une expérience décevante, je m’en sers pour m’améliorer. […] J’absorbe calmement les choses, autant que possible, et je les libère plus tard, et, selon des formes aussi variées que possible, elles deviennent une part de mes romans. »

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, p.32

Il y a presque deux idées en une seule, en réalité : utiliser l’écriture comme un exutoire qui nous permettra de traiter les émotions et expériences négatives en les transformant en éléments de constructions pour nos romans, et voir l’échec comme un moyen de plus de s’améliorer (c’est là où ça peut rejoindre l’idée précédente). En tant qu’auteurs, on a un avantage sur la plupart des gens, c’est qu’on dispose de l’écriture comme un moyen positif de se libérer d’expériences déplaisantes en les faisant vivre – parfois de façon détournée – à nos personnages, qui pourront les gérer d’une façon différente de nous. C’est un moyen d’approfondir les choses, d’en tirer le meilleur et d’en sortir grandi, quelle qu’ait été la déception qu’on ait pu éprouver à la base. Là où l’écriture est extrêmement puissante, c’est qu’elle nous offre les moyens les plus vastes possibles pour gérer un problème, limités uniquement par notre imagination. Et en plus, cela permet d’améliorer notre histoire en la rendant plus crédible : partons du principe que les questions que vous vous posez, les problèmes que vous rencontrez sont rencontrés par un grand nombre de personnes, dont les lecteurs potentiels, qui pourront s’y retrouver. Voilà un beau moyen de transformer le négatif en positif.

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