J’ai décidément l’art et la manière de m’attacher aux séries qui finissent par être annulées… Peut-être que je ferais bien de mieux me renseigner avant d’en commencer de nouvelles, au risque d’être de nouveau déçue. Car oui, la série dont je parle aujourd’hui, Altered Carbon, a été annulée à la fin de ses deux premières saisons qui étaient pourtant brillantes et je ne peux pas m’empêcher de me sentir trahie, alors même que, de toute façon, je la découvre des années après tout le monde puisqu’elle est sortie en 2018 pour la première saison et en 2020 pour la seconde.

Image tirée du générique d'Altered Carbon

Cette série de science-fiction se déroule dans un futur lointain où les hommes ont réussi à créer un système de sauvegarde pour leurs souvenirs dans une puce neurale, leur permettant, à leur mort, d’être ramenés à la vie en l’intégrant à une nouvelle enveloppe corporelle. Mais tous ne sont pas égaux face à ce traitement : si ceux qui ont les moyens de payer peuvent changer d’enveloppe à volonté, se créer des clones et des sauvegardes à distance pour échapper définitivement à la mort, la plupart doivent se contenter des enveloppes disponibles, quand il y en a… Le protagoniste, Takeshi Kovacs, dernier membre des mythiques rebelles du « Corps diplomatique », est ramené à la vie après 250 ans grâce au mécénat d’un homme très riche, déterminé à élucider le mystère de sa propre mort.

Entre humour et tragique, un équilibre parfait

Je préviens d’avance que, j’ai beau essayer de faire dans la nuance, cette série a pour moi presque atteint le même niveau que The Expanse – c’est à dire que je l’adule – et que je ne serais pas tout à fait objective. Si je veux faire une critique négative, ce sera simplement que la saison 1 est selon moi nettement meilleure que la saison 2, avec une originalité et des enjeux bien mieux maîtrisés et traités… Et aussi que j’en préfère les protagonistes.

Car oui, une bonne partie de l’équipe de personnages de la saison 1 seront absents de la deuxième saison, qui se déroule sur une autre planète et bien des années après, mais même si le héros, Takeshi Kovacs, et son ami l’IA Edgar Poe – restent toujours bien là et s’ils sont rejoints par des personnages sympathiques, aucun – et je dis bien aucun – n’atteint la flamboyance de Kristin Ortega dont l’absence se fait cruellement sentir, à tous les niveaux.

Car si Altered Carbon traite sublimement de sujets de société profonds, là où elle parvient à véritablement sortir du lot, c’est au niveau des émotions procurées. Ce n’est pas juste une série d’action avec des combats épiques et des explosions (même s’il y en a, parfois), c’est une série qui arrive à marier l’humour, les situations absurdes et tragiques avec un brio inégalable, dans un dosage savant qui nous permet de nous mettre en permanence en empathie avec ses personnages – et en particulier les personnages secondaires, car, au moins au début de la série, Takeshi Kovacs a du mal à être autre chose qu’une boule de muscles aux yeux du spectateur, même si ça s’arrange, nettement, par la suite.

Un traitement fin et profond de sujets de société

Les inégalités face au concept du temps et de la mort, je les avais abordées lors de ma critique sur le film Time Out. Altered Carbon, c’est l’exemple de ces inégalités dans un monde cohérent et qui fonctionne. Ici, le temps ne remplace pas l’argent, mais l’argent achète toujours les privilèges… Notamment celui de l’éternité. Quant à ceux qui n’en disposent pas, ils doivent trouver des solutions alternatives, attendre de pouvoir payer l’enveloppe qui ramènera leur proche à la vie, s’endetter pour en louer une, se faire « transenvelopper » (c’est-à-dire mettre un esprit de femme dans un corps d’homme ou inversement) ou pire encore, voir les enveloppes de leurs proches disparus être réutilisés par d’autres pour abriter d’autres sauvegardes. Ce sujet qui touche à la fois aux inégalités et à la thématique de l’identité profonde de chacun est prégnant tout au long de la série, traité avec beaucoup de délicatesse à travers les différentes rencontres, parfois au détour d’une phrase, ce qui donne de la cohérence à cet univers dystopique dont on n’a aucun mal à saisir les enjeux tant ils peuvent nous saisir facilement aux tripes.

Bien sûr, Altered Carbon ne fait pas non plus l’impasse sur l’aspect éthique du transhumanisme et sur son rapport complexe avec la religion – dont les croyants sont nombreux à rejeter ce système de sauvegarde et d’enveloppes corporelles jetables, mais pousse l’analyse plus finement, notamment sur les implications juridiques d’un tel rejet. L’une des intrigues principales de la saison 1 portera en effet sur la question des personnes ayant fait inscrire leur rejet de la sauvegarde avant d’être assassinées : les faire réenvelopper permettrait de punir le coupable, mais la loi empêche ce réenveloppement en plaçant ainsi les choix religieux au-dessus de la justice et du bien être de la société. Un questionnement qui interroge également, cela va sans dire, les propres réflexions morales du spectateur.

En résumé, la seule bonne raison de ne pas regarder Altered Carbon est que la série a été annulée trop tôt, mais en admettant que vous soyez de ceux qui n’aiment de toute façon pas les séries qui s’éternisent sur sept saisons, foncez, vous ne le regretterez pas !

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